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MBGC Editions - Monique Bellini

L’oiseau Chanteur, la belle demeure de Thyde Monnier

23 Avril 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #bonus

L’oiseau Chanteur, la belle demeure de Thyde Monnier

Ce monde est interdit au public, mais j’y entre... Ce monde où tant de pages ont été tracées, où tant de personnages ont pris naissance... Dès que l’on passe le portillon, on se retrouve entre le réel et l’imaginaire, on retrouve Thyde, on retrouve Maïa...

*... Après le portail tout ouvert, une large allée, une sorte de route descend, suivant la pente arrondie en vallonnement. Au bout du chemin blanc, porté en plein soleil sur la paume brûlante de la terre, un grand trou d’ombre gît sous un toit de tilleul.

... De l’autre côté, la Grande Allée repart, mais aussitôt elle tourne à gauche, entre des rivages de fleurs qui empiètent à tout moment sur le cours du chemin.

... Six marches de granit sont là, larges et plates et doucement incurvées dans le milieu que le pas des hommes a fini par creuser. Au-dessus, des lattes de fer sont jetées en cerceau et de vieilles vignes vous tendent, depuis là-haut, leurs pesantes grappes translucides. Au bout de l’escalier, une longue terrasse dallée s’étale devant cinq portes-fenêtres...

... Cette table longue et étroite grossièrement équarrie...

... Cette cheminée blanchie à la chaux...

... Ce bahut sombre et luisant qui est là, entre deux portes, s’impose par sa puissance.

* Extrait du roman « Fleuve » de Thyde Monnier.

Dans ce bahut, Thyde Monnier entasse ses livres, en particulier ceux traduits en langues étrangères, ainsi que les albums grossis par la multitude de découpes de presse. Été comme hiver, Thyde se trouve devant cette cheminée immense. Été comme hiver, Thyde porte de grands pantalons trop larges, des pantalons masculins. Elle aime les chemisiers de couleur rose et les ballerines de petites filles. Lors de ma première visite, je suis éblouie. Je suis chez Maïa.

Avec un sourire admiratif, satisfaite de ma découverte, je m’exclame :

— C’est comme dans Fleuve, le domaine de Fleuriant.

— Ceux qui viennent ici et qui ont lu ce livre sont surpris de trouver la propriété de Maïa, mais il ne faut pas croire que je suis elle. Je ne suis pas Maïa.

Thyde insiste avec une obstination un peu enfantine. Certes, Thyde n’était pas Maïa, elle était, je pense, toutes les femelles qui peuplaient ses écrits. Comme beaucoup de romanciers, sa vie se retrouvait souvent dans ses livres. Tout comme Thyde, les héroïnes de ses œuvres accouchaient très souvent d’un enfant mort-né. Thyde poursuit :

— Tous les lecteurs veulent que je sois Maïa. Un homme qui m’aimait avait loué un appartement à Genève et me disait : « Venez avec moi, Maïa, accompagnez-moi ». Cependant, je n’étais pas Maïa et j’aimais un autre garçon.

Malgré son âge, Thyde n’a pas dit « un autre homme », si son âge est certain, son cœur est resté celui d’une jouvencelle.

Elle fait sans doute allusion à l’homme qu’elle cite dans le tome quatre de « Jetée aux bêtes », qu’elle cite sans jamais nommer. Elle dira simplement : « Celui que j’aimais ». Elle fait certainement allusion à celui qui a été la cause de son plus grand drame sentimental : « Lettre à mes lecteurs de la Ferme des Quatre Reines ». Bien des années plus tard, je devais avoir quelques éclaircissements sur cette mélancolique confidence.

Manosque 1940.

Thyde Monnier fait la connaissance d’un apprenti typographe, chez l’imprimeur de son ami Jean Giono. Le garçonnet est très mignon, Thyde sort de deux divorces. Le presque jouvenceau voudrait bien devenir écrivain, mais il ne sait comment s’y prendre. Le presque adolescent n’est nullement attiré par cette femme, mais il se trouve séduit par la perspective d’une existence hors du commun. Thyde Monnier emporte le jeune homme dans ses bagages. Ils vont en Suisse, ils font l’amour, il a dix-huit ans, elle en a cinquante-quatre. De part et d’autre, il faut avoir un caractère à toute épreuve et un sacré tempérament.

Afin de ne point passer pour le gigolo de service, le garçon travaille pour l’écrivain, il tape ses manuscrits à la machine, mais en même temps, il écrit son premier ouvrage. Grâce à la célèbre amante, le petit typographe a rencontré René Julliard. Ce dernier accepte de publier « L’Aube insolite ».

L’écrivain Pierre Magnan est né. Son œuvre a un succès éclatant, mais un succès sans lendemain.

à suivre...

L’oiseau Chanteur, la belle demeure de Thyde Monnier

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