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MBGC Editions Monique Bellini

SOUVENIRS DE CLARY

21 Mars 2021 , Rédigé par MBGC Publié dans #bonus

 

 

Le mois de Février et mes recherches sur la Saint Valentin m'ont fait découvrir que des reliques se trouvaient à Roquemaure au Château de Clary. Nicole m'en avait-elle parlé ? Je ne peux le certifier. Nicole Mayer était alors la propriétaire de ce fabuleux domaine. Je l'avais croisée à Marseille où elle vivait dans un superbe hôtel particulier qui est devenu le consulat de je ne sais quel pays. Très vite nous sommes devenues amies. Très vite, nous avons employé le tutoiement. Nicole était une belle jeune femme triste. J'étais une jeune femme enjouée qui la faisait constamment sourire. Ma présence à Clary était un rayon de soleil pour la douce châtelaine et je regrette de ne pas y être allée plus souvent. Je regrette de ne pas avoir prolongé mes séjours. Mais, comment aurais-je pu me douter ?

Cependant, il ne faut se souvenir que des instants heureux :

Te souviens-tu, Nicole, c'est avec toi que je suis allée pour la première fois aux Baux de Provence. Avec toi que pour la première fois je me suis rendue à Baumanière. J'étais heureuse de te voir rire de ma mine déconfite en croisant le couple d'Anglais. Ils étaient maussades et délavés et ils allaient rougir et peler sous notre beau soleil de Provence. Te souviens-tu des opéras du théâtre antique d'Orange ? Te souviens-tu du jour ou tu m'as fait goûter à chacun de tes vins et que j'ai dû passer la nuit au château afin de cuver les délicieux breuvages ? Te souviens-tu de la nuit effroyable que j’ai vécue à Clary et qui t’avait si bien divertie ? Tes parents étaient décédés et suivant tes habitudes, tu voulus m’accueillir comme une reine. Ce jour-là, tu m’avais réservé une chambre au second étage. Il est vrai qu’elle était grandiose. On se serait cru dans un musée. J’étais séduite, fascinée par ce dédale de merveilles qui me transportait à toutes les époques et me faisait songer à la Pompadour. Je posais ma valoche et suivant notre rituel, nous partîmes en voiture pour faire le tour de la propriété. Tu me parlais des pieds de vigne que tu allais remplacer, de la petite chapelle dont tu avais fait murer les ouvertures. Tu me parlais de Monségur où tu aurais désiré péleriner en ma compagnie. J'étais partante, mais tu avais tant de soucis avec le domaine agricole, avec le baïle qui faisait partie d'une secte et qui voulait y introduire les membres de sa confrérie. La soirée avait été agréable. Puis, vint l’heure du coucher. Lorsque je me retrouvais dans cette chambre, je réalisais que j’étais entourée de personnages aussi étranges les uns que les autres. Ils me considéraient d'un regard fixe. Que dis-je ? J'avais l'impression que certains me suivaient des yeux. C'était effroyable. Les portraits étaient de différentes époques. Certains portaient une perruque, d'autres avaient la tête nue, mais tous me scrutaient de leur regard inquisiteur. J'étais l'inconnue qui dérangeait leur intimité, l'intruse qui  troublait leur repos. Je ressentais une véritable animosité. C'était normal : je n'étais pas de leur famille et ils ne pouvaient m'accepter. Leurs visages étaient sévères et ils m'horrifiaient. Je passais la nuit à regarder les tableaux, à guetter un craquement. Je ne pouvais éteindre la lumière et encore moins songer à m’endormir.

Au matin, Nicole fut surprise de me trouver dans la salle à manger du premier étage. À mon visage renfrogné, elle comprit que ma nuit n’avait pas été folichonne. Elle dit ingénument :

— Je croyais que ça allait te faire plaisir. Il y a beaucoup de portraits chez tes beaux-parents.

— Certes, il y a beaucoup de portraits. Toutefois, mes beaux-parents ne m’ont jamais fait dormir dans la galerie des ancêtres !

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