LA CAMARGUE
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Extrait : LE COLLIER D'EMERAUDES
Camille fixe ce bout du monde, cette terre sableuse, ces pelouses d’enganes. Elle entend le sourd mugissement d’une bête égarée. Le squelette d’un arbre se découpe dans le couchant. Élégantes et précieuses, des échasses blanches courent au bord de l’eau. Camille noie son regard dans ce monde insolite, caressé par le ciel empourpré. La jeune fille confond tout à coup l’étrange et le réel, le faux de la vérité. Où se trouve-t-elle maintenant ? Rêve-t-elle ? Est-elle éveillée ? Est-ce Camille, la laide, la stupide, qui se trouve dans cette voiture, dans cet endroit magique ? Et le beau garçon qui est à ses côtés, c’est elle qu’il a choisie, c’est elle qu’il semble apprécier, c’est elle qu’il aime...
Elle revoit soudain sa première rencontre avec Paris qui ne lui a offert qu’un triste logement, un presque taudis donnant sur une cour maussade. Camille se met à trembler. Frédéric s’en inquiète.
— Ça ne va pas ? questionne-t-il.
— Je me demande si je rêve et si en m’éveillant, tout ce que je suis en train de vivre va s’effacer à jamais…
Ils sont très proches. Il l’attire contre sa poitrine, caresse sa nuque, embrasse ses cheveux.
— Tu vois, tu n’es pas endormie...
Sans trop s’en rendre compte, Camille a tendu son visage et tandis qu’autour d’eux s’élève le fracas des ailes et des cris stridents, elle ne s’est point dérobée lorsque le séduisant, le sécurisant jeune homme a pris sa bouche avec douceur.