CARLO GOLDONI.

EXTRAIT LE CHEVALIER ROZE
Au milieu de cette foule rutilante, Marie est à son aise. Vêtue d’une somptueuse robe de dentelle rosée, elle se pavane le visage caché sous un masque. On va lui présenter son cavalier, mais elle n’en a cure. Elle veut s’amuser, se détendre, peut-être danser avec Emiliano.
Le jeune garçon avait un beau sourire. Certes, le loup qui lui couvrait la face n’était pas important et l’on pouvait découvrir son front, la couleur de ses yeux, le bas du visage. La dogaresse lui tenait la main.
— Voilà mon cher et tendre Carlo. Il est bien jeune, mais il est grand et vaillant pour son âge. Vous vous distrairez en sa compagnie. Il est musicien et poète, il dessine, il pratique les armes, et il danse à ravir.
La gente dame s’était détournée et le garçon devait attendre quelques secondes avant de grommeler :
— Elle ne vous a pas tout dit, délicieuse pervenche ! Je courtise les filles, je me moque des bégueules et, bien qu’ils soient interdits, je m’adonne aux jeux de hasard ! Voulez-vous de ma compagnie, jolie demoiselle ? Si oui, j’en suis enchanté, car vous êtes très belle et je ferais pour vous de multiples folies !
Marie souriait au garnement qui demandait :
— Quel est votre nom, douce précieuse ?
— Marie de Belmond...
— C’est ravissant... Je vous aime déjà… Je suis votre humble serviteur… Je m’appelle Carlo Goldoni !