LA DOGARESSE.

EXTRAIT : LE CHEVALIER ROZE.
— Antonio Vivaldi a des cheveux roux sous sa perruque, et bien qu’ayant reçu la tonsure et les ordres mineurs, il a un tempérament volcanique. Un jour, alors qu’il disait la messe, un air lui trotta dans la tête et comme il est avant tout musicien, à la consternation générale, il quitta le service religieux pour courir prendre ses notes. Mandé par le tribunal de l’Inquisition, il certifia avoir des crises d’asthme et fut condamné à ne plus jamais prononcer l’office… Ce qui l’arrangeait parfaitement !
La dogaresse était une femme charmante, mais sa manière de se vêtir était parfaitement saugrenue. Parée d’une quantité de joyaux, elle portait sur la tête un cône d’or, d’où partaient des voiles de soie qui descendaient jusqu’à terre. Sa conversation était enrichissante et elle goûtait à la plaisanterie. Elle appréciait Marie :
— Ce soir, un bal est prévu et j’ai demandé à un délicieux jeune homme d’être le cavalier de Marie. Il ne faut point vous inquiéter de sa présence à vos côtés, il a quinze ans et il est adorable. Il s’agit du neveu de notre procureur Paolo Indrich qui l’initie en la pratique judiciaire. J’affectionne particulièrement ce garçon qui est un peu fantasque. En effet, il avait quitté sa famille pour suivre une troupe de saltimbanques et, s’il a un œil sur le Code, il ne manque pas de rejoindre chaque soir le théâtre San Samuele, qu’il chérit passionnément.