CHARLOTTE AGLAE ET MARIE.

EXTRAIT : LE CHEVALIER ROZE
Charlotte s’est rapprochée et a pris sa main.
— Marie, je ne suis pas comme Adélaïde et j’aime éperdument le duc de Richelieu. Pourtant, vous avez captivé mon cœur. Je ne veux pas que l’on vous fasse du mal. Je connais les monastères, et les actes infâmes qui se produisent lorsqu’une nouvelle est introduite au sein d’une abbaye. Elle est aussitôt immolée sur l’autel de la luxure et prise par un abbé, aussi laid que monsieur Voltaire.
— Mais, votre sœur…
— Ma sœur est princesse de sang, tandis que vous êtes fille d’un bourgeois, qui n’a pas pu être dotée. J’ai envisagé d’apporter à votre père, de quoi vous pourvoir d’un bon mari. Mais, je crains que l’on vous impose un homme rustre qui pourrait vous blesser. J’ai peur pour vous et je suis triste de vous quitter. Je vous aime tant, si vous saviez…
Elle l’attire contre elle, caresse ses cheveux.
— Madame, il vous faut prendre du repos. Un long voyage vous attend.
— Je dois gagner Gênes et l’époux que je n’ai pas choisi. Marie, combien je suis triste ! Puis-je au moins espérer que vous viendrez un jour me rejoindre ? Je ne veux pas te quitter. Reste auprès de moi, je t’en supplie… Tendre amie, j’ai besoin de ta présence, de l’affection que tu me portes. Tu es si précieuse à mes yeux. Cette nuit sera mon plus beau souvenir. Je ne veux pas te quitter.
Les yeux de la duchesse brillaient d’un éclat particulier. La jeune suivante était contre elle et ne la repoussait pas. Leurs visages étaient proches. Mary sentit les lèvres de la duchesse caresser sa peau, effleurer sa bouche. Elle appréciait le contact de la souveraine et ne fut pas affolée lorsqu’elle lui demanda de se dévêtir.