LE TABLEAU DES ACCOULES.
C’était un samedi et j’allais faire un petit tour chez Emmaüs établi non loin de chez moi. Je venais tout juste de publier "Le Disciple de Belzébuth" qui relatait la troublante histoire du beau, du merveilleux, du sublime prêtre des Accoules. Je passe au rayon bibelots-vaisselles lorsque je reste scotchée devant un tableau qui me prend les tripes. Je pense qu'il s'agit là d'un signe du destin. Je demande timidement au vendeur :
— Combien le tableau, Monsieur ?
— 500 francs.
Bien que charmée par le chef-d’œuvre, je me dis que la somme est exagérée et je tourne le dos en ignorant la toile. Cependant, cette croute m’obsède. Je passe la soirée à penser à elle. Le dimanche, je ne parviens pas à l’oublier. Mon cousin Antoine me demande pourquoi je fais ma mauvaise tête. Je lui conte mon aventure qui devient une triste mésaventure. Il me rassure :
— Te fais pas de souci, c’est mon copain Yannick. Je le vois souvent au bistro et je lui paye son pastaga. Tu n’auras qu’à lui dire que tu es ma cousine.
Le cœur battant, je me pointe à la première heure. Je prie le ciel que le tableau soit toujours là. Il est à la même place. Je m’avance très poliment :
— Monsieur Yannick. Vous avez le bonjour de mon cousin Antoine.
Il a un sourire bienveillant. Il répond :
— Le Corse ? Tu pouvais pas me le dire que tu étais sa cousine ? Tu veux toujours le tableau ?
— Oui… Oui…
Il remue sa main de droite à gauche. Il susurre avec complaisance :
— 200, ça te va ?
— Houa…
J’ai payé illico et j’ai emporté la toile.
On s’est séparé en se faisant la bise.
C’est bien d’avoir des relations.