UNE HISTOIRE DE MARSEILLE. LA CHANEL DE LA RUE PAVILLON.

La vie à Marseille était d’une tristesse infinie. Marie-Do continuait à travailler dans les grandes maisons de couture qui faisaient légion dans le Marseille de l’époque. Chaque vendredi, la clientèle anglaise débarquait des péninsulaires, et les Britanniques décharnées par le thé et la gelée tremblante achetaient n’importe quoi pourvu que le vêtement soit présenté par une agréable personne. Dans chaque maison et parfois avec insistance, on demandait à Marie-Do de passer une robe et d’entrer au salon, mais ma mère, connaissant la médiocrité de ses dessous refusait toujours avec la plus grande politesse.
Marie-Do avait travaillé à la rue Pavillon, dans une maison de couture qui portait le nom de « Galerie Lalayette ». Il n’était nullement question de brassières ni de barboteuses dans ce genre d’établissement, mais la propriétaire, Madame Ferraud, personne d’extraction modeste et dont le niveau intellectuel n’était pas élevé, avait dans un premier temps emprunté pour son affiche la griffe de la célèbre galerie parisienne. Un procès devait s’ensuivre que mère Ferraud perdit, évidemment. La Galerie Lafayette de la rue Pavillon devint Galerie Lalayette. Personne n’alla voir de trop près si le F avait subi quelques modifications, cela n’eut aucune incidence sur le chiffre d’affaires. Ce qui allait être le début de la fin était sa manière déplorable de traiter son personnel.
à suivre...