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MBGC Editions - Monique Bellini

Le mystère de Mayerling

19 Juin 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #bonus

Le mystère de Mayerling

... Tout comme grand-mère, je n’apprécie nullement cette Vetsera, et si on lui a donné tour à tour les traits de Danielle Darrieux et de la blonde et angélique Catherine Deneuve, dans la réalité, c’était sans doute bien différent.

Rodolphe a fait l’erreur d’épouser Stéphanie de Belgique, jeune princesse ambitieuse, protocolaire, terne, et pas avantagée par la nature. Rodolphe est brillant, séduisant, il aime la vie, il apprécie l’amour. Jusqu’à la naissance de leur fille, le couple vivra sereinement, puis la mésentente s’installe et l’Archiduc multipliera ses conquêtes et reprendra sereinement sa vie de garçon. Cette existence de débauche lui fera contacter des maladies vénériennes qu’il tentera tant bien que mal de cacher à son entourage.

C’est au Prater qu’il croisera Marie. Elle vient d’avoir dix-sept ans, elle a du charme et Rodolphe est conquis. Tout s’arrange admirablement. La jeune fille de petite noblesse dont la famille est désargentée deviendra la maîtresse de Rodolphe grâce à l’intervention de la tante de celui-ci, Marie-Louise Larisch, elle-même amante du bel Heinrich Baltazzi, oncle de Marie Vetsera. Chacun y trouve son compte, Marie-Louise fait régler ses dettes à l’archiduc son neveu, le neveu croit renaître à la vie; quant à l’élue de son cœur, elle se voit déjà gravir les marches du trône.

Marie Vetsera et la comtesse Larisch sont très proches, ce qui n’empêchera pas cette dernière d’écrire dans ses mémoires : « Quelle curieuse nature que Marie, coquette par instinct, inconsciemment immorale, d’une sensualité orientale, elle était pourtant si charmante, si adorable, que tout le monde l’aimait. Outre cela, elle avait l’imagination pervertie par de mauvais livres que lui prêtait Agnès, son institutrice. Elle avait puisé presque tout son pouvoir dans des romans français très immoraux. »

Rodolphe est amoureux. Les premières flammes de la passion lui font prononcer des mots et élaborer des projets qu’il ne pourra jamais réaliser. A-t-il promis à Marie de faire d’elle l’impératrice d’Autriche ? Qu’importe, il veut surtout se débarrasser de sa triste et encombrante épouse, et pour cela il écrira au pape afin d’obtenir l’annulation de son mariage. Marie est aux anges. Toujours grâce à la comtesse Larisch, elle rejoindra l’appartement de garçon que le futur empereur a conservé à la Hofburf. Petite, brune, plaisante, bien en chair, Marie Vetsera est un savoureux morceau qui mettra tout en œuvre pour conserver intacte la passion du prestigieux amant. Cependant, tout ne va pas dans le bon sens. Le pape ne répondra jamais à Rodolphe, mais fera part à François-Joseph des pernicieux projets de son beau chérubin. L’empereur exige la rupture immédiate. Rodolphe résiste, toutefois le scandale est trop grand, le souverain son père, est furieux.

De nature inconstante, l’Archiduc proposera à la jeune femme de s’unir à Miguel de Bragance afin de poursuivre leur relation. Marie est effondrée, furibonde, mais parvient à obtenir de Rodolphe un dernier rendez-vous et une ultime nuit.

C’est dans l’austère rendez-vous de chasse de Meyerling où ils se sont déjà retrouvés, que doit avoir lieu leur séparation. Marie arrivera avec le vieux cocher nommé Bradfisch qui avait pour mission de conduire Rodolphe à ses rendez-vous galants. Rodolphe quant à lui, se trouve accompagné de ses fidèles amis, Philippe de Saxe-Cobourg et le comte Hoyos. Le repas est lugubre, la nuit sera funeste.

Certains prétendent que Cobourg avait quitté le rendez-vous au retour de la chasse, car il avait un dîner avec l’empereur, cependant vingt ans plus tard, Rodolphe de Saxe-Cobourg devait révéler mot pour mot ce que lui avait confié son père.

« Dans la nuit, nous fûmes éveillés par un coup de feu venant de la chambre du prince. N’obtenant aucune réponse, le valet Lorchek parvint à enfoncer la porte et nous restâmes saisis de frayeur devant la vision cauchemardesque qui se présentait à nos yeux. L’archiduc gisait en travers du lit dans une flaque de sang, une plaie au ventre. La Vetsera était dans un coin, le visage révulsé. Par terre, un fusil et un rasoir couvert de sang. Il nous fut facile de reconstituer la scène affreuse. Marie avait mutilé Rodolphe pendant son sommeil, celui-ci avait usé de ses dernières forces pour étrangler l’ignoble créature et à l’aide de son fusil de chasse, il devait se tirer une balle dans la bouche. » Rodolphe de Saxe-Cobourg avait ajouté :

— Mon père disait avec dégoût : « Elle le mutila et lui enleva tout… »

Nous sommes le 30 janvier1889. La première version dite officielle de la mort du prince sera une défaillance cardiaque, mais son corps est ensanglanté, une balle a emporté la partie supérieure du crâne. Très vite, les rumeurs circulent sur l’étrange mort du jeune héritier. Une seconde dépêche soulignera l’hypothèse d’une attaque. On ne parlera pas tout de suite de la présence de Marie Vestera, mais là encore, l’affaire finira par s’ébruiter et on révélera que la jeune baronne se trouvait dans la chambre, qu’elle était à demi nue et qu’elle est morte elle aussi d’une balle dans la tête. Cette version fera de cette tragédie une romanesque histoire d’amour.

Cependant, en 1945, des soldats soviétiques profanèrent sa tombe avec l’espoir d’y découvrir des joyaux. Le docteur Gerd Holler qui examina son corps discerna que la dépouille ne portait aucune trace de balle. Enfin, en août 2015, la Bibliothèque nationale autrichienne découvre des photographies et des lettres manuscrites de Marie Vestera à sa mère. On déclare aussitôt : « Ces originaux qui viennent de réapparaître revêtent ainsi une valeur toute particulière pour la recherche historique. Le suicide de Rodolphe et Marie est l’un des drames les plus romantiques du XIX° siècle. Pas une sordide affaire de meurtre comme beaucoup l’avaient avancé… »

Quelques extraits : « Chère Mère, Pardonne ce que je fais/ Je n’ai pu résister à l’amour/ D’accord avec Lui, je veux être enterrée à ses côtés dans le cimetière d’Alland/ Je suis plus heureuse dans la mort que dans la vie. »

Ces missives ne signifient pas grand-chose. Elle demande pardon de son geste monstrueux. Elle prétend ne pouvoir résister à l’amour ! Elle ne peut surtout pas résister à cette rupture. En accord avec Lui ! C’est facile à dire et le malheureux ne pourra jamais affirmer le contraire ! Je veux être enterrée dans le cimetière d’Alland.

Rodolphe sera inhumé à Vienne dans la crypte impériale du couvent des capucins. La dépouille de Marie n’eut droit à aucun égard. Deux de ses oncles, le comte Stokau et Alexandre Baltazzi reçurent l’ordre de se rendre au pavillon de chasse en voiture fermée et accompagnés d’un officier de police, afin de récupérer la défunte et l’enterrer en toute hâte dans le cimetière de l’abbaye cistercienne de Heiligenkruz, proche de Mayerling. Son transport fut macabre, l’enterrement parfaitement odieux. Les moines jetèrent son corps dans un coffre de bois blanc qui alla rejoindre un coin de terre que l’on s’empressa de recouvrir avec une hâte fébrile.

Au lendemain du décès, Hélène, la mère de Marie devait recevoir un avis de la police secrète, l’informant qu’elle ne pouvait sous aucun prétexte revoir le corps de sa fille. On lui donnait l’ordre de quitter immédiatement l’Autriche et se rendre à Venise d’où elle devait annoncer à la presse que Marie venait de mourir dans cette ville. Elle ne reviendra en Autriche qu’après la chute de la monarchie. Ses frères et beaux-frères, proches du couple impérial et qui montaient régulièrement à cheval avec la souveraine, furent bannis de la cour, quant à la nièce morganatique de Sissi, Marie-Louise Larisch, qui avait joué un rôle d’entremetteuse, fut également disgraciée et se retira dans sa villa « Valerie » de Rottach-Egern en Bavière.

Curieusement, toutes les archives concernant la mort de l’archiduc ont été détruites. En 1978, dans le cadre d’une enquête médico-légale, l’exhumation de Marie est rejetée afin de respecter le repos de la défunte, et la famille Habsbourg refusera de faire exhumer le corps de Rodolphe afin que l’on détermine les causes exactes de son décès.

Le mystère de Mayerling

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