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MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait - Le rituel du Sicilien Tome 2

15 Octobre 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Extrait - Le rituel du Sicilien Tome 2

Je me trouvais dans un mini club de gentlemen, avec ses cuirs vieillis, ses bois précieux, ses couleurs chaudes et ses trophées de chasse. Salba était sérieusement entiché de ce style venant tout droit de ces fameux cercles privés dont les Anglais ont le secret, avec leurs immuables fauteuils Chesterfield, l’argenterie rutilante, et souvent agrémenté d’objets dans l’esprit « retour des Indes, » avec une bibliothèque « Madras, » ou les cabinets décorés à la main. Sur les meubles se prélassaient des objets en ivoire et quelques bronzes représentant des chevaux et des lévriers.

— Je sais que ce décor ne pourra pas vous convenir, dit-il, mais ne vous faites aucun souci, vous n’aurez qu’à nous donner vos instructions et tout sera transformé dans les plus brefs délais.

Je ne bougeais pas, je ne m’intéressais pas à ce qui m’entourait, je me trouvais profondément déçue de ces retrouvailles. Ainsi, Salba voulait m’imposer une manière de vivre que je ne souhaitais en aucune façon et qui me répugnait.

— Alixel, je voudrais que vous fassiez connaissance avec votre future chambre.

— Il n’y aura aucune future chambre ! Je ne veux pas de cet appartement. Je vous remercie de vos largesses, mais je ne puis les accepter. Il est inutile de vous soucier de ma vie et de mon avenir. J’ai mis de l’argent de côté et j’ai écrit à ma tante afin de lui rappeler que j’existe, ainsi elle m’enverra ce qu’elle m’a promis ! En tout cas, je suis très touchée de toutes ces marques…

Je ne savais plus que dire, je ne pouvais le regarder. J’avais été heureuse de venir le rejoindre et tout à coup je voulais fuir, quitter cette maison, cet homme que je ne parvenais pas à comprendre et qui n’arrêtait pas de me décevoir. Je m’étais dirigée vers la porte lorsque, venant vers moi, il me saisit par les épaules et me plaqua contre le mur.

— Je ne suis pas pour toi, Alixel. Tu ne peux rien attendre d’un homme comme moi ! J’ai fait de la prison et sans doute y retournerai-je de nouveau. J’ai fait des choses que tu ne dois pas connaître, mais dont tu aurais honte et qui te feraient horreur ! Je ne peux rien t’apporter d’honorable. Je peux te donner de l’argent, je peux te faire vivre comme une reine, mais tout cela peut s’arrêter du jour au lendemain ! Je me dis souvent le matin : « Je suis là, mais ce soir, serais-je encore vivant ? » Je ne suis pas pour toi, Alix, tu es trop jeune, tu es trop belle, tu es trop propre. Tu ne peux pas venir après toutes ces femmes. Il y a eu des femmes correctes, mais aussi de véritables traînées.

Il s’était arrêté, car j’étais livide. Les yeux emplis de larmes, je tremblais. Il me fixait avec attention. Songeait-il que je pouvais jouer la comédie ? En tout cas, il devait poursuivre :

— J’ai choisi un parcours qu’il m’est impossible de détourner. J’ai mis un manteau dont je ne peux me défaire. Il y a un proverbe chinois qui dit que, lorsque l’on chevauche des tigres, on ne peut plus en descendre. C’est ce qu’est ma vie, c’est ce que j’ai choisi. Tu ne peux pas faire ton chemin avec moi, il y a trop de cailloux et ces cailloux sont coupants comme des lames.

Il essuyait mes pleurs. Il avait souri.

— Tu m’oublieras très vite. Il y a un très beau garçon qui est venu te chercher, c’est un Russe, je crois. Et le beau Julien que je t’ai envoyé, il n’a pas eu la chance de te plaire ?

Je devais faire un effort pour réaliser que le jeune homme du banc était un garçon à sa solde. Je haussais les épaules en songeant que cette mise en scène était bien puérile pour un homme tel que lui.

— Lorsque nous sommes en prison, nous avons le temps de penser, de juger, d’essayer de comprendre ceux qui nous entourent, de percer le fond de leur cœur. Je n’ai rien appris en t’envoyant Julien, mais je peux affirmer que je ne t’apporterais que du malheur. Ce n’est pas toi, Alixel, qui me feras rompre avec mon ancienne existence, ce n’est pas toi qui m’obligeras à quitter mes maîtresses, ce n’est pas toi qui me mettras sur le droit chemin. Si tu étais avec moi, tu passerais ta vie à souffrir, à pleurer, à m’attendre. Je travaille la nuit, j’aime la nuit, j’apprécie ces instants ou l’on se voit à peine, ou l’on se cache, ou l’on joue avec la mort. Je serais rarement avec toi, Alix, et tu te demanderais constamment si j’ai reçu une balle dans la tête, ou si je suis en train de faire quelque chose de salasse avec une prostituée !

Je l’avais repoussé, j’avais ouvert la porte, il était impensable que j’attende l’ascenseur, je partais en courant dans l’escalier tandis que je gémissais des sanglots, les poings sur ma poitrine.

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