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MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait - Le rituel du sicilien

10 Septembre 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Extrait - Le rituel du sicilien

Vladimir me sécurisait, me réconfortait. J’avais l’impression de le découvrir et si l’épreuve du fouet m’avait laissé un goût amer, je me disais que Vladimir était Russe, fougueux, et qu’en digne seigneur qu’il croyait être, il avait tenté de me confondre, de me dompter.

— Votre oncle, monsieur de Louvrex, n’a pas hésité à nous faire parvenir tous les éléments qu’il détenait, copie d’état civil, arbre généalogique qui remonte jusqu’à Philippe Auguste. C’est à partir de cette époque que votre famille a pris réellement naissance, c’est-à-dire qu’un heureux hasard la distingua du commun des mortels. Le prince avait participé à une chasse à courre et s’était perdu dans la forêt de Compiègne, il erra toute une nuit durant, lorsqu’il se trouva en face d’un grand diable roux qui tenait une hache en travers de l’épaule. Le malheureux dauphin crut que sa dernière heure était arrivée, mais l’homme des bois le ramena au château de Karnapolis où le jeune Philippe s’empressa d’attacher ce bûcheron à sa personne. Nous ne connaissons pas son nom, mais bien des années plus tard, il se trouva chargé de diriger les travaux d’un palais sur l’emplacement d’une louverie qui était un lieu abritant des équipages pour chasser les canidés nuisibles. Le château prit le nom de Louvre, quant à votre ancêtre on finit par le surnommer, du Louvre, Louvres ou de Louvrex.

Vladimir s’était arrêté un instant. Il paraissait content de lui.

J’étais charmée par cette histoire et même si elle était lointaine, je croyais ressentir une force qui me propulsait vers cet aïeul dont mon sang portait encore l’héritage génétique.

— Avant qu’il ne devienne un personnage important et avant qu’il ne s’intéresse à la construction du château, cet homme épousa une nommée Marie Bourdin et eut une petite fille qu’on prénommât Alix en considération de sa chère marraine qui n’était autre que la mère du roi, Adèle, ou Alix de Champagne.

J’étais en extase. Comment un comte jeune, beau et fortuné pouvait déployer de tels efforts pour séduire une fille qui vivait dans un taudis ?

— Alix devait grandir à la cour et c’est là qu’elle y rencontra le jeune Arthur, fils de feu Geoffroy de Plantagenêt et de Constance de Bretagne. J’ai la certitude que cette partie d’histoire n’a aucun secret pour vous.

C’était évident, personne ne m’était inconnu, ni Geoffrey mort à la fleur de l’âge au cours d’un tournoi à Paris, ni son fils assassiné par l’abominable Jean sans Terre. Je connaissais la vie fantastique d’Aliénor, leur mère et grand-mère, depuis son enfance bordelaise dans le château de l’Ombrière, jusqu’à sa fin à Fontevrault, en passant par ses frasques lors de la deuxième croisade à Antioche où elle avait retrouvé l’irrésistible Raymond de Poitiers, cet oncle hors du commun qui avait bouleversé son existence en lui faisant découvrir l’amour.

Je soupirais et songeait à cette créature aimée des hommes et des troubadours qui exerçait son pouvoir sur les plus grandes principautés du royaume, cette Aliénor d’Aquitaine qui s’était assise sur deux trônes et qui avait eu le courage de procréer à l’âge de quarante-cinq ans. Je murmurais :

— Comment peut-on savoir que l’épouse s’appelait Marie Bourdin, alors qu’on ne connaissait pas le nom de son mari ?

— Des textes l’ont citée par la suite alors qu’il était devenu Jehann de Louvrex. Jehann était-il son prénom de naissance ou fut-il appelé ainsi à cause de sa haute taille, nous ne pouvons le dire. Ce qui est certain est que leur fille fut aimée d’Arthur de Bretagne, bien que ce dernier ait été fiancé à Marie de France, alors âgée de quatre ans.

Vladimir venait de marquer un point, ce détail m’était inconnu.

J’étais nostalgique, presque déçue. Je murmurais :

— Où trouver des documents pouvant faire état de la descendance ?

— Ils ont existé. Nous savons que Alix de Louvrex eut une fille prénommée Alixel. À la mort de Richard Cœur de Lion, Arthur fut proclamé duc de Bretagne, comte d’Anjou et du Maine, de Touraine et du Poitou, à charges pour lui de s’emparer de tous ces territoires. Alix était enceinte et il l’épousa avant de partir en campagne. À l’heure actuelle, nous épluchons les archives afin de découvrir la trace de cette union. Ce n’est pas un travail hors de portée puisque nous savons qu’Arthur a été fait prisonnier en août 1202, lors du siège de Mirebeau. Ce n’est pas un travail hors de portée, à moins que la page du registre ait été arrachée.

Je demeurais silencieuse. Je savais qu’en Angleterre la succession au trône était basée sur l’hérédité. Aux alentours de 1100, Henri I° avait fait prêter serment aux barons et évêques présents à la cour, afin de reconnaître sa fille Mathilde comme héritière et successeur. Une descendance d’Arthur de Bretagne aurait bousculé les plans du machiavélique Jean sans Terre qui se serait hâté de forfaire à un nouvel assassinat, elle aurait gêné le roi de France vers qui les Bretons s’étaient judicieusement tournés. Chacun avait intérêt à passer cette union sous silence et surtout la famille de Louvrex qui ne voulait pas voir disparaître leur petite progéniture.

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