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MBGC Editions - Monique Bellini

Un Corse meurt sur la paille, mais il ne tend jamais la main !

9 Juin 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Véro, 1914. Du côté paternel, grand-mère Lùnetta avait des cousins qui habitaient Suaricchiu. Suaricchiu est un petit hameau situé sur la nationale à l’embranchement de la route qui va à Véro et aux merveilleuses régions du Cruzzini.

En arrivant d’Ajaccio on voit toujours en évidence, sur la gauche, une petite maison aux pierres apparentes et au joli balconnet.

C’est là qu’habitaient les cousins Orsoni.

L’aîné des fils partit pour la guerre et fut blessé. Cependant, au lieu d’être soigné dans un hôpital où une école réquisitionnée, il se retrouva dans la cave voûtée d’un château, transformée pour la circonstance en infirmerie de fortune.

Entassés sur des misérables grabats, les malheureux soldats n’attendaient ni la mort ni la guérison, mais la fille du châtelain. En effet, la gracieuse personne venait chaque matin en compagnie d’une servante, laquelle portait des paniers tandis que la jeune damoiselle distribuait bonbons, chocolats et cigarettes. C’était un grand moment pour les poilus manquant de tout. Ils accueillaient la jeune fille avec des cris de joie et aucun ne désirait être le dernier servi. On entendait toutes sortes de « à moi ». On ne voyait que des mains tendues. Un seul ne bougeait pas de sa misérable couche, un seul feignait souvent d’être endormi lorsque la jeune fille passait, un seul détournait les yeux lorsque la châtelaine se rapprochait.

Au fil des jours, la demoiselle avait tout de même réussi à croiser deux ou trois fois le regard du garçon. Souvent, elle était allée vers lui essayant de lui offrir, presque lui imposer quelque chose. Elle se heurtait toujours à un refus. Elle s’en trouvait excédée, elle était au supplice. L’attitude de ce militaire était intolérable. Ce n’était plus de la réserve, mais du dédain, du mépris. Ce comportement la mettait hors d’elle et la faisait rêver. Elle ne songeait plus qu’à cet odieux personnage. Un jour, n’y tenant plus, elle alla vers lui et demanda, irritée :

— Pourquoi ne voulez-vous jamais accepter quoi que ce soit que je vous offre ?

Il eut cette phrase qui est chère à notre cœur, et qui, dans la famille, restera célèbre à jamais. Calmement, avec son bel accent mélodieux, cousin Orsoni murmura :

— Madame, un Corse meurt sur la paille, mais il ne tend jamais la main !

A suivre…

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