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MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait de Livia Tome 2 - ROMANETTI LE BANDIT

2 Juin 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Extrait de Livia Tome 2 - ROMANETTI LE BANDIT

Dès les premiers instants, Livia a regretté d’avoir quitté sa chambre, l’attention que lui porte le prince la dérange vraiment. Il la contemple avec une émotion qu’il n’a aucun désir de réprimer et devant la consternation générale, il a demandé à ce qu’elle prenne place en face de lui afin de l’admirer tout à loisir. Le prince n’est pas bavard, il répond brièvement aux questions qui lui sont posées et il s’ingénie à suivre les conversations de son hôte qui fort heureusement, n’a rien perdu de sa verve.

On doit apprendre que Déri a fait un court séjour à Londres afin d’acquérir une automobile pour son père, le maharaja ; on apprend qu’il a suivi des études dans l’établissement Harrow School uniquement parce qu’il pouvait y pratiquer le polo ; il confie ne pas avoir l’intention de s’installer dans son pays, mais continuer à parcourir le monde. Il murmure d’une voix basse et mélodieuse, tintée d’un léger accent dont on ne peut pas vraiment définir l’origine :

— Je suis un grand solitaire, j’aime profondément ma nation et les coutumes qui s’y rapportent, mais je ne parviens pas à accepter sa désolante pauvreté. L’Inde est un état qui est marqué par le fardeau du dénuement et qui côtoie avec insolence l’incomparable richesse, il cultive le paradoxe qui captive et révulse, qui fascine et qui déconcerte. Je pourrais donner tout ce que possède à mes sujets et cela ne servirait pas à grand-chose, car même en apportant l’aide matérielle, l’Indien ne pourra jamais s’adapter au modernisme, il se trouve enfermé dans ses méditations, sa sérénité, sa captivante et mystérieuse sagesse.

Il s’est tu. Il mange peu et ne porte aucun bijou sinon un superbe rubis à son auriculaire, Livia évite de regarder le visage magnifique de cet homme, ses traits d’une incomparable finesse, ses yeux dont elle n’a pas vraiment défini la couleur, mais qui sont clairs et qui brillent étrangement dans ce masque de bronze. Cet homme est beau et son exotisme est à la fois fascinant et inquiétant.

— Je devais regagner les Indes, mais je pense que je resterai quelque temps à Paris, la grisaille du ciel ne m’enchante pas, cependant j’ai l’intention de me rendre à la Bibliothèque Nationale. Je suis en train d’effectuer des recherches sur les similitudes qu’il existe entre le Christ et Krishna.

Le prince voulait, semble-t-il, ne pas en dire davantage, mais devant l’intérêt général, il poursuit de sa voix lente, basse, enivrante :

— Je voudrais parvenir à faire savoir à tous les peuples qu’il n’existe pas une multitude de dieux, mais un seul qui est représenté de différentes façons. Christ et Krishna, est le même nom, leurs mères ont été choisies afin de donner naissance au fils de Dieu, tous deux sont nés dans des lieux inusités, l’un dans une étable, l’autre dans une cellule de prison. Christ et Krishna ont dû fuir pour échapper l’un à Hérode, l’autre à son oncle Kansa, qui voulaient les mettre à mort et qui, dans leur fureur, ont ordonné le massacre des enfants mâles…

Le prince a baissé les yeux, il est sans doute embarrassé d’aborder un sujet aussi rébarbatif, pourtant chacun est accroché à ses lèvres.

Il se met à sourire et murmure afin de conclure :

— Il existe un détail qui me chiffonne et que je dois impérativement vérifier. Des textes relatent la mort de Krishna sur une croix et entouré de voleurs, d’autres écrits prétendent qu’il a péri d’une flèche plantée dans le talon, seule partie vulnérable de son anatomie. Le culte de Krishna date de mille quatre cents avant Jésus Christ et cette doctrine se retrouve avec exactitude dans les évangiles. Je ne veux aucunement contester la vie du Christ ni prouver que Krishna était l’unique fils de Dieu, je voudrais seulement faire savoir que le Messie est le même, cela permettrait de rapprocher les peuples et peut-être de parvenir à retrouver la paix…

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