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MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait- Certains de la Diaspora

16 Avril 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Extrait- Certains de la Diaspora

La fille aînée de Marcu Bellini se prénommait Barbarella.

Dès son enfance, elle avait été contrainte de seconder sa mère et c’est pieds nus, hiver comme été, que l’on voyait cette jeune beauté s’occuper du jardin, garder les bêtes, porter les seaux d’eau. Jusqu’à son mariage, elle n’avait jamais possédé une paire de chaussures.

1881. Barbarella a dix-huit ans.

Ayant échappé à sa surveillance, les chèvres se sont empressées de piller le jardin des autres Bellini, ceux qui ont des volets à la maison du Cardettu, ceux qui ont des balles de farine, des chandeliers d’argent. Les chèvres sont contentes, mais la gamine au désespoir. Son père va avoir des ennuis, on va lui demander le dédommagement des dégâts, mais son père n’a aucun argent. Elle va être battue. Que va-t-elle devenir ? Barbarella, pleure à fendre l’âme en suppliant Julia de n’en point parler à ce père joueur, qui va lui rompre les os.

Barbarella était très belle, Barbarella était très jeune, Barbarella était robuste. Depuis longtemps, Julia espérait trouver une femme saine et vertueuse, qui aurait pu donner de beaux héritiers à son frère aîné. C’était l’occasion rêvée. Julia était en position de force, elle pouvait négocier, elle pouvait exiger :

— Je ne dirai rien à ton père, à une condition !

La gamine avait cessé de pleurer, elle attendait pleine d’espoir. Julia se voulait sévère, intransigeante :

— À condition que tu épouses mon frère, Jean-Dominique !

Barbarella tombait des nues, la chance était insolente, inespérée.

Barbarella devait dire plus tard :

— Mon mari, c’était le plus beau. Aucun homme dans le village, ni même dans le canton ne pouvait l’égaler en beauté et en prestance. Lorsqu’il entrait dans l’église le dimanche, toutes les femmes le regardaient avec envie. Lorsque je fus son épouse, elles étaient toutes jalouses de moi, et au début de notre mariage, je devais journellement me faire enlever « l’occhju, » tant leur haine était profonde et féroce.

Comme dans tous les contes de fées, ils se marièrent, ils s’aimèrent et eurent beaucoup d’enfants. Barbarella avait une jeune sœur, Laura, qui était devenue l’épouse d’Augustinu, le frère cadet de Jean-Dominique, et grâce au jardin saccagé par quelques chèvres folles, Julia avait du même coup, casé les deux frangins.

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