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MBGC Editions - Monique Bellini

Quel bel amour ce fut là…

5 Février 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #bonus

Quel bel amour ce fut là…

Louis IX qui n’a que douze ans est sacré roi de France sous le regard inquisiteur de Blanche de Castille. C’est l’époque où Saint-François-d’Assise inventa la crèche tandis que l’on persécutait les Albigeois et que la Provence se trouvait déchirée par les intrigues des Maisons de Sabran, des Baux et de Forcalquier.

Bien que son père le lui ait défendu, Alaëtte est partie seule par les chemins. Elle monte sa petite haquenée blanche et se réjouit de ne pas avoir cédé aux instances de sa mère, qui désirait la garder auprès d’elle pour quelques broderies.

L’automne est doré, le ciel est d’azur. Alaëtte savoure le plaisir d’être libre, lorsque soudain sa monture hennit et part au galop. Belle et imprudente Alaëtte. Que n’étais-tu restée en ton château cet après-midi-là ? Les branches des arbres déchirent son visage et sa robe tissée de fils d’or. Elle s’accroche désespérément à la crinière de l’animal emballé, jusqu’à ce qu’elle perde connaissance. Lorsqu’elle ouvre les yeux, un homme est penché sur elle et la regarde avec inquiétude. La damoiselle se demande alors si elle est encore de ce monde. Un bonheur exaltant emplit son âme. La beauté de ce seigneur crée en elle une émotion jusqu’àlors inconnue.

— Est-ce cela la mort ? Si oui, quel délirant bonheur…

À l’anxiété succède l’admiration, les prunelles sombres de l’inconnu vont des yeux clairs aux lèvres pâles de la jeune fille. Une force irrésistible les pousse l’un vers l’autre, mais il se ressaisit et dépose Alaëtte sur la terre froide.

— Vous n’êtes point morte. Un peu de vin achèvera de vous remettre.

Sans doute afin de cacher son trouble, il va prendre un hanap richement armorié qui pend à sa selle. Il la fit boire et, lorsque la peau délicate commence à rosir, il la porte jusqu’à sa jument.

— Aurez-vous la force de regagner votre demeure ?

Les mains brunes tiennent longtemps les rênes de l’animal, son regard triste fixe cette merveilleuse créature que le destin a mise sur sa route et qu’il souhaite ne jamais revoir… Pour le malheur de ces deux êtres, il n’en sera pas ainsi. Quelques jours plus tard, au cours d’une chasse au faucon, le séduisant inconnu qui n’était autre que Raymond Bérenger, comte de Provence et de Forcalquier, devait retrouver Alaëtte des Baux, fille de son plus farouche ennemi. S’ils passèrent une journée à se fuir, leur comportement fut étrange pour leurs amis et les gens de leur suite. Alaëtte fut coquette, indifférente, rêveuse, le comte fut irritable, nerveux, bouillant de cette passion qu’il voulait détruire, mais qui le consumait. Cette nuit-là, Raymond Bérenger ne trouva pas un instant de repos, au matin, il fit seller sa monture et partit vers le chemin forestier qui avait été le témoin de leur première rencontre. Voulait-il retrouver l’empreinte de ce corps qu’il désirait, espérait-il qu’elle fut là, à rêver de leurs doux instants, ou simplement à l’attendre ?

Le comte Bérenger tira sur le mors écumant et sauta à bas de sa selle. Alaëtte se trouvait étendue à l’endroit même où il l’avait tenue contre lui. Il alla vers elle et la prit dans ses bras, il était torturé, mais elle était radieuse. Il n’était pas libre et elle jurait qu’elle n’appartiendrait à aucun autre. Il voulait fuir cet impossible amour, mais elle quémandait un jour, une heure qui serait pour elle une existence de bonheur…

C’est ainsi que Alaëtte des Baux devint l’amante de Raymond Bérenger.

Leur amour était merveilleux, mais Raymond Bérenger fut contraint de quitter la Provence et se rendre à Paris afin de négocier le mariage de sa fille, Marguerite, avec le jeune dauphin, fils de Blanche de Castille.

Se trouvant enceinte, Alaëtte fut chassée de l’abri familial. Jetée au hasard des routes par les méfaits de la calomnie, elle se réfugia dans la montagne loin de son bel amant. Sa grande infortune altéra son esprit, elle mourut folle en donnant le jour à un fils qui fut apporté au comte enveloppé dans une peau de chèvre et ayant à son cou la médaille frappée de l’étoile de Balthazar, emblème de la famille des Baux…

Quel bel amour ce fut là…

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