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MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait Certains de la Diaspora - La Sultane de l’Amour

27 Mars 2016 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #bonus, #Extraits des livres

Extrait Certains de la Diaspora - La Sultane de l’Amour

Si grand-mère n’aimait pas les westerns, elle avait une passion pour les films historiques, romantiques. Le mélo et l’amour, le désir fulgurant, les souffrances de l’âme tenaient la plus grande place. La pellicule en noir et blanc qui la faisait singulièrement palpiter, c’était Les Hauts de Hurlevent. Chaque fois que ce petit chef-d’œuvre était à l’affiche, grand-mère s’installait aux premières loges pour deux ou trois séances, le couffin remplit de grands mouchoirs à carreaux. Et puis, il y avait ce film merveilleux, mystérieux, dont grand-mère nous parlait si souvent. Nous savions que Lùnetta ne mentait jamais. Malgré tout, ce qu’elle racontait était assez déconcertant.

Combien de fois Lùnetta, a-t-elle parlé de ce film muet sorti juste à la fin de la guerre de quatorze et qui restait à son souvenir le plus délicieux des contes des mille et une nuits ? La Sultane de l’Amour... Combien de fois, grand-mère l’avait vu et revu juste avant son départ vers Ferryville ?

Je la soupçonne d’avoir accepté de plier bagage pour la Tunisie afin de se rapprocher du pays d’origine de cette fabuleuse sultane, qui hantait le délire du beau prince blessé. Lùnetta n’a pas croisé grand-chose en Afrique du Nord, tout au plus quelques marchés, quelques mosquées, des minarets, des patios, des piscines. Elle n’a pas côtoyé de sultans ni de princes et, si elle était partie afin de plonger en plein cœur de cette fabuleuse histoire, elle devait à son retour à Marseille avoir le plus beau des présents : Le film en noir et blanc avait été colorisé. Le conte délicieux, tout en lumières fondantes et en couleurs pastel devenait une œuvre magique, proche de la féerie.

Grand-mère, qui avait une judicieuse opinion de ce qu’il est appelé le septième art, prétendait que ce film n’avait jamais été égalé, même par les productions cinématographiques américaines des années cinquante. Grand-mère se plaisait à décrire avec force détails, les décors de rêve, les jardins exotiques rafraîchis d’eaux vives, les palais constellés d’arabesques d’or.

Lùnetta avait toujours formulé le désir de revoir ce film. Pourtant, où et comment revoir un muet ? Grand-mère souhaitait ardemment que je puisse un jour le visionner dans une salle obscure.

Octobre 1993. je devais apprendre par la presse que « La Sultane de l’Amour, » complètement tombée dans l’oubli et parfaitement inconnue des archives du cinéma, avait été retrouvée par hasard parmi des stocks de tourneurs forains dans le Sud-Ouest.

C’est ainsi qu’un beau soir, je partis vers une banlieue marseillaise que je ne connaissais que de nom, un endroit proche de l’Estaque afin de découvrir l’incontestable merveille qui avait bercé mon enfance...

À suivre…

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