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MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait de Certains de la Diaspora

23 Décembre 2015 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Extrait de Certains de la Diaspora

Les frères Verdilhan

Si Marie-Do était l’amie de Richard Mandin, Lùnetta était en étroite relation avec la famille Verdilhan. Louise Verdilhan était son amie intime, quant à leur fille, Jeannette, c’était la grande copine de ma tante Julie. C’est ainsi qu’un beau jour flanquée de Lùnetta et de sa jeune sœur, Marie-Do se rendit dans l’atelier du peintre qui se situait, traverse Dragon.

André Verdilhan, de forte corpulence, était extrêmement jovial. Comme tout grand peintre qui se respecte, il avait passé son existence à vénérer le sexe faible, mais ce sexe dit faible, lui avait fait commettre de grandes erreurs et l’avait toujours dépouillé de la totalité de ses biens.

1900. C’est dans le cadre de l’Exposition universelle que Matthieu Verdilhan participe à un diorama de douze mètres de long, représentant le panorama de la Principauté de Monaco.

Matthieu Verdilhan a vingt-quatre ans et l’avenir est devant lui.

Afin de ne pas lui faire ombrage, son frère André a relégué ses pinceaux dans le fond d’un placard et se consacre à la sculpture. S’il peint comme Matthieu, il sculpte comme Rodin. En compagnie de Louis Audibert, Cabasson, Alfred Lombard, les frères Verdilhan sont les pionniers de l’Académie d’Allauch, fondée par Jean de Beaumont.

Montmartre, village à demi-champêtre aux premiers jours de l’impressionnisme était devenu grâce à Toulouse Lautrec le centre de la vie nocturne et des plaisirs, le bastion des peintres et des littéraires. Nos artistes provençaux avaient la même ambition pour l’esplanade des moulins d’Allauch. Au château de Carlevan, il est organisé des rencontres entre peintres, musiciens et poètes. Louis Audibert est le maître des lieux et grâce à son prix de piano, il accompagne souvent ses amis qui poussent la chansonnette. La vie aurait pu être fort agréable si Matthieu Verdilhan, bien que baignant dans les louanges, était parvenu à vivre de son art. Le succès l’attend au palais des Architectes, sur le Prado. Les offres d’achat sont nombreuses, mais son mécène, Edmond André, décide de conserver la totalité de ses œuvres. À la veille de la guerre, une exposition est prévue à Leipzing, en Allemagne. L’ouverture des hostilités fera basculer le projet. Peu avant le printemps 1919, Matthieu Verdilhan épouse Hélène-Marie. La gracieuse personne de vingt et un an sa cadette est la fille du peintre Alfred Casile. Cette union semble lui porter bonheur.

L’année 1920 marquera la seule réussite officielle du peintre. Il a alors quarante-cinq ans. Un contrat signé avec le propriétaire de la galerie parisienne, « La Licorne », va assurer son avenir. Cependant, quelques jours suffiront pour que le rêve s’effondre. La crise économique perturbe alors la vie sociale, les amateurs d’art n’investissent plus. D’autre part, le fauvisme n’est plus à la mode. L’exposition à la « Licorne » n’a donné lieu à aucune transaction. New York lui ouvre les bras par l’intermédiaire d’un certain Krausharr. Les échanges seront de courte durée. Le rêve américain s’écroule à son tour. C’est en 1925 qu’il réalise pour l’Opéra de Marseille, une vue de la cathédrale un 14 juillet. Cette œuvre est toujours en place.

15 novembre 1928, Matthieu Verdilhan est emporté par un cancer au larynx

Marie-Do avait choisi pour toile, la « Durance par Gros Temps ». C’était un tableau fort convenable et d’un prix très abordable. Marie-Do avait dédaigné une peinture à peine plus onéreuse, du même style que les autres, mais qui provenait de la collection personnelle du frère défunt.

— C’est la dernière que je détiens, avait dit André Verdilhan.

À quelque temps de là, Julie-Amélie devait rencontrer sa chère amie Jeannette et par la même occasion revoir le couple Verdilhan. Un fait étrange laissait tante Julie songeuse. Elle hésitait à s’en remettre à son aînée qui rêvait peut-être à cette minute de quelques nouveaux prétendants. Suivant son habitude, Julie avait posé son auriculaire sur le bord du menton. Dieu qu’elle était jolie lorsqu’elle faisait ce geste ! Elle réfléchit encore quelques instants.

— Lorsque tu as acheté le tableau, Monsieur Verdilhan a affirmé qu’il avait un Matthieu entre les mains et que c’était le dernier, et figure-toi qu’il en a un autre et qu’il s’agit d’une toile totalement différente.

Marie-Do avait haussé une épaule. Julie-Amélie songeait que Monsieur Verdilhan était un grand menteur. Je ne disais rien, je ne réfléchissais pas. Je savais ce qu’il ne fallait pas savoir, je comprenais ce qu’il n’y avait pas lieu de comprendre.

A suivre…

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