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MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait - Solenn (Tome 2)

28 Juillet 2014 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Extrait - Solenn (Tome 2)

— Des krampouezh. Je pense que tu les apprécies. Il est évident que je n’ai pas le tour de main de la jeune Bigoudine, mais j’ai fait ce que j’ai pu.

Bruno se dirige vers la cuisine, il y règne un joyeux désordre. Le plan de travail est couvert de farine, le sucre craque sous ses pas. Cela n’a que peu d’importance, Assunta rangera tout demain matin. Pourtant ce plat de crêpes lui donne la nausée, le jeune homme le fait aussitôt disparaître dans le vide-ordures.

— Tu n’es vraiment pas sympa. Je me suis décarcassée pour te préparer un met délicat et raffiné qui t’aurais certainement rappelé de doux souvenirs, et voilà que tu jettes tout à la poubelle, le plat de service y compris. Au fait, comment dit-on : Bigoudine ou Bigoudène ? Tu devrais être à même de me renseigner.

Sans un mot, Bruno s’est installé dans le salon. Il a récupéré un verre et évite de croiser le regard de son épouse qui a pris place en face de lui. Elle ne parle pas tout de suite, sans doute sélectionne-t-elle les phrases percutantes pour le faire sortir de ses gonds ?

— Tu as passé de bonnes fêtes ? En ce qui me concerne, j’étais chez mes parents. Te rends-tu compte, que nous sommes fraîchement mariés et que nous n’avons même pas pris le repas de Noël ensemble ?

Bruno observe le plus parfait mutisme. Il sait qu’il se conduit comme un goujat, mais il sait aussi que Gilda l’horripile, qu’elle est tristement malfaisante et qu’elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour lui empoisonner la vie.

Elle fait des effets de jambes, adopte des manières affectées nullement pour le séduire, simplement afin de l’agacer.

— Durant la période festive, je suis tombée tout à fait par hasard sur un bouquin relatant l’histoire basque de la haute antiquité à nos jours. Il est assez troublant de constater que les Basques ressemblent comme des frères jumeaux aux Lacandons, peuplade qui se trouve aux alentours du Guatemala, et que le dialecte de tes compatriotes est similaire à celui des Indiens Delaware et Chippewas. J’ai appris que dans ta région, on ne labourait point la terre, mais on la retournait à l’aide d’une fourche à deux dents, tout comme les Indiens d’Amérique Centrale. J’ai appris également que dans le haut Moyen-Âge, le costume de tes ancêtres, était le même que celui de certaines tribus d’Amérique…

Elle fait une courte pause, semble fouiller dans ses pensées.

— Te rends-tu compte que la pelote basque était pratiquée par la noblesse du Mexique Précolombien et les Indiens du Yucatan ?

Elle se tait. Peut-être n’a-t-elle plus rien à dire ?

Le sujet est intéressant, c’est par ailleurs parce qu’il est intéressant que la fière Gilda l’a consciencieusement potassé. Elle veut capter l’attention de son mari et elle semble y parvenir. Une nouvelle fois, l’avocat se demande si elle n’a jamais fait partie d’un réseau de call-girls de luxe, qui impose aux filles une discipline sévère, afin d’obtenir une bonne dose de sex-appeal et de sérieuses connaissances en culture générale.

Elle poursuit :

— J'ai cru un instant que mon illustre époux descendait des Peaux-Rouges, mais il n’en est rien. D’après la tradition, les Basques vivaient isolés dans un pays restreint, borné de tous côtés par la mer. Es-tu conscient, Bruno, que coule dans tes veines le sang de ces êtres supérieurs, ces presque dieux, qui faisaient partie d’une civilisation plus avancée que celle qui existe aujourd’hui ?

Elle pousse un profond soupir.

— L’Atlantide… Cette terre de légendes qui a fait fantasmer tant de générations. On dit qu’elle couvrait la majeure partie de l’océan atlantique, qu’elle était un pont entre deux continents… Fût-elle détruite en une nuit comme l’a dit Platon ? Nul ne le saura jamais. Ce qui est certain est que de nombreux rescapés trouvèrent refuge sur les côtes voisines…

Le timbre de sa voix vient de moduler.

Bruno sait parfaitement qu’elle prépare une nouvelle attaque.

— Les Fils du Soleil devaient privilégier les terres en altitude épargnées par le raz de marée, telles la cordillère des Andes, les régions du Bilanktaung en Thaïlande, les hauts plateaux d’Éthiopie. J’ai été surprise d’apprendre qu’il existe seulement trois lieux dans le monde, où la langue utilise des sons sifflés : les Iles Canaries, l’Amérique Centrale et, le Pays basque si cher à mon cœur. Ces histoires m’ont fascinée, transportée dans le monde de l’étrange que l’on considère comme une légende et que l’on découvre pure vérité. Il est troublant d’imaginer ces êtres beaux, dotés de connaissances bien supérieures aux nôtres, ces êtres que nous côtoyons au travers des récits et que nous voudrions ne plus quitter. Que d’émotion à la lecture de ces pages. J’avais l’impression de sortir des entrailles de la Terre le plus fabuleux des trésors. Savoir, connaître, toucher du doigt ce qui a été…

Elle se tait un instant, remue les pieds, reluque ses chaussures.

— Les Druides, ces personnages de savoir et de sagesse, souvent experts dans la magie et la médecine, qui soignaient et rétablissaient les blessés, qui prétendaient ressusciter les morts, étaient eux aussi venus de l’océan.

Bruno a posé son verre. Il sait maintenant que la conversation va prendre un chemin un peu plus épineux.

— J’ai parfaitement assimilé tous les récits, j’ai fouillé les légendes afin de regrouper les évènements. Il y a pourtant un détail qui reste un peu bancal, il s’agit de la ville d’Ys. Cette île fantastique qui se situait dans la baie de Douarnenez, faisait-elle partie des îles atlantes ? Cet envahissement total était-il lié au déluge biblique ? Ce qui est certain est que le roi Gradlon créa une cité à l’intérieur des terres, une ville dont l’ancien nom était Locmaria, pour devenir Aquilonia lors de la domination romaine. Quand prit-elle son patronyme définitif ? Je n’en sais trop rien et cela n’a que peu d’importance. Ce qui est troublant est qu’aux bords de cette ville, se trouvaient des petits îlots très concentrés, qui ne se sont jamais mêlés aux peuples environnants, envers lesquels ils affectaient le plus profond mépris. Les Atlantes dédaignaient les Celtes, comme je les comprends… La cité fondée par le roi Gradlon n’était autre que Quimper ! En voyant la Bécasse, as-tu eu le sentiment de retrouver une lointaine cousine ?

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