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MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait - Le collier d'émeraudes (Tome 2)

16 Juillet 2014 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Extrait - Le collier d'émeraudes (Tome 2)

Camille se trouve éperdue de bonheur.

Accompagnée de Mica et Patrick, Anne-B doit arriver aujourd’hui, c’est pourquoi Camille a pris un peu de repos, un peu de détente, autre chose que l’incommensurable plaisir de pédaler sur la vieille machine à coudre, elle est allée sur le marché.

Qu’il est doux de déambuler dans cette foule disparate, avec une toilette neuve, une allure de gamine, de l’argent dans le porte-monnaie ! Camille a surpris dans les regards qui la croisaient, une expression de plaisir, d’émotion, de désir, elle en a été étonnée, revalorisée, c’est la première fois que cela lui arrive et elle ne savait pas que cela existait.

Camille éprouve aujourd’hui, un bonheur qu’elle n’aurait jamais soupçonné. Au milieu de cette cohue, elle a l’impression de renaître, elle est belle, elle est dans l’opulence, le chemin parcouru est ahurissant.

Par téléphone, elle commande désormais les vins mis en bouteilles au château, les huiles les plus prestigieuses, les mets sont souvent livrés par les traiteurs. Les placards du mas regorgent de miel de romarin, de biscuits, de confitures. Elle a déniché des bocaux de riste d’aubergines, de tapenade, de soupe au pistou, de pieds et paquets, elle a fait entrer dans les réserves, une grosse quantité de savons de Marseille, elle en aime l’odeur et elle éprouve un plaisir très particulier à laver son petit linge, le soir, dans le joli lavabo. Camille pense qu’elle a oublié les sirops aux couleurs de Provence, le pastis, l’élixir de Frigolet, le Marc du Garlaban.

Ce matin, il fallait absolument qu’elle soit seule sur ce lieu de plaisir et de promenade. Était-ce afin de prendre conscience de sa nouvelle condition ? Jusqu’à ce jour, elle n’avait plus fait les courses.

Ce matin, la différence est flagrante, Camille n’a plus à compter, à réfléchir, à calculer et à choisir les produits les moins onéreux. Il semble très loin, le temps où elle n’avait même pas les moyens de se payer un rouge à lèvres !

Camille s’est arrêtée aux abords d’un étal de fruits, elle ferme les yeux et en respire les senteurs étonnantes, enivrantes, jamais elle n’a humé pareil parfum, il est doux, il est sucré, il est acidulé. C’est un parfum d’exception qui devrait être porté sur des robes légères.

La marchande l’interpelle, mais Camille ne veut rien acheter, elle est livrée régulièrement en fruits, en œufs et en légumes par un villageois des environs.

Aujourd’hui, Camille fait l’acquisition de fougasses et de pain aux noix, puis elle choisit des fromages. La chèvre et les faisselles du Ventoux ont rejoint le fond de son panier dont les anses commencent à lui scier l’épaule.

Camille songe qu’il est grand temps de regagner le mas lorsqu’elle s’arrête devant un étalage de bimbeloterie. C’est laid, c’est clinquant, c’est vulgaire,mais, au milieu de cette brillance de pacotille, se trouve un ravissant collier de verre coloré.

— Vous voulez l’essayer ? demande la vendeuse.

La femme le défait de ses liens, le dépose sur un présentoir de velours sombre et le tend à la jeune fille. Camille hésite. Philippe serait très mécontent d’apprendre qu’elle achète des breloques à la baladeuse. Camille se demande quelle serait la pierre précieuse qui pourrait égaler l’éclat de ce cristal.

— Il est très beau et vous ira très bien, insiste la marchande.

Songeant que la jeune fille n’a pas beaucoup d’argent, elle poursuit à voix basse :

— Prenez-le… Je vous arrange... Il vous portera bonheur.

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