Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
MBGC Editions - Monique Bellini

Extrait - Le collier d'émeraudes (Tome 2)

15 Juin 2014 , Rédigé par MBGC Editions Publié dans #Extraits des livres

Extrait - Le collier d'émeraudes (Tome 2)

Ils gagnent de vastes étendues, paysages types de la Camargue, que l’on appelle les sansouïres. Inondées en hiver et au printemps, ces terres salées sont partiellement recouvertes de touffes végétales accoutumées à la salinité des lieux, la salicorne et la saladelle.

Ils pénètrent dans d’autres lieux peuplés de chênes, d’aulnes et de roseaux, des lieux noyés dans la brume, des lieux qui semblent fragiles, peut-être tourmentés et qui donnent l’impression d’être habités par d’étranges créatures, des femmes irréelles dont les très longs manteaux glissent au-dessus des eaux.

Camille frémit. Ce paysage triste et mélancolique est parfaitement en accord avec son romantisme. Ce paysage l’attire, la subjugue et elle voudrait ne plus le quitter. Frédéric ne bouge pas, ne parle pas.

Camille est complètement envoûtée. Il ne veut pas rompre le charme.

Timidement, un rayon de soleil est venu filtrer à travers les arbres. Durant quelques instants, le marais s’est habillé d’or et de pourpre, avant de reprendre, ses couleurs de la nuit.

Majestueusement campé sur ses longues pattes, un héron cendré arpente la berge. Il guette sa proie inlassablement et harponne ce qui passe à portée de son bec. Au loin, le crépuscule donne au paysage une symphonie de couleurs chatoyantes, mordorées, tandis qu’au bord de l’eau, se balancent au gré du vent des plantes couleur de rouille, portant des bouquets séchés et des plumes végétales.

— L’étang de Vaccarès est une véritable mer intérieure, dit Frédéric. Il est très profond. Grâce à un taux de salinité variable, il contient à la fois des poissons d’eau douce et d’eau de mer. Au bord des surfaces marécageuses, se développe la roselière. Cette manne offre un couvert idéal à toute la faune environnante... Regarde, Camille… Regarde, un vol de flamants roses...

L’oiseau majestueux évolue dans le ciel. Son vol bruyant a fait sursauter la jeune fille, mais le spectacle est admirable. Symbole de finesse, symbole de pureté au reflet de corail, le flamant se déplace dans cet univers rougeoyant et opaque, sur cette terre mystérieuse et sauvage, dont il est devenu le principal emblème, le seigneur tout-puissant.

— Ma grand-mère était originaire de Salin-de-Giraud, dit encore Frédéric. Sa famille possédait de grandes étendues. Sa part d’héritage s’est trouvée réduite à un peu d’argent, qu’elle a investi dans la propriété de son époux. Lorsque j’étais gamin, je rêvais d’une cabane de gardian et de pouvoir vivre dans ce paradis où l’on côtoie le galop des chevaux sauvages, où le soleil est brûlant, où le sol se craquelle, mais où chaque pouce de terrain recèle un nouveau secret, une nouvelle splendeur. C’était le rêve de mon enfance. Je sais désormais, que je ne marcherai plus seul le long des roubines, que je n’irai pas flâner trop longtemps auprès des étangs et des tamaris... Je sais que je ne chercherai jamais un poste de manadier.

Camille fixe ce bout du monde, cette terre sableuse, ces pelouses d’enganes. Elle entend le sourd mugissement d’une bête égarée. Le squelette d’un arbre se découpe dans le couchant. Élégantes et précieuses, des échasses blanches courent au bord de l’eau.

Camille noie son regard dans ce monde insolite, caressé par le ciel empourpré. La jeune fille confond tout à coup l’étrange et le réel, le faux de la vérité. Où se trouve-t-elle maintenant ? Rêve-t-elle ? Est-elle éveillée ? Est-ce Camille, la laide, la stupide, qui se trouve dans cette voiture, dans cet endroit magique ? Et le beau garçon qui est à ses côtés, c’est elle qu’il a choisie, c’est elle qu’il semble apprécier, c’est elle qu’il aime...

Elle revoit soudain sa première rencontre avec Paris qui ne lui a offert qu’un triste logement, un presque taudis donnant sur une cour maussade. Camille se met à trembler. Frédéric s’en inquiète.

— Ça ne va pas ? questionne-t-il.

— Je me demande si je rêve et si en m’éveillant, tout ce que je suis en train de vivre va s’effacer à jamais…

Ils sont très proches. Il l’attire contre sa poitrine, caresse sa nuque, embrasse ses cheveux.

— Tu vois, tu n’es pas endormie...

Sans trop s’en rendre compte, Camille a tendu son visage et tandis qu’autour d’eux s’élève le fracas des ailes et des cris stridents, elle ne s’est point dérobée lorsque le beau, le séduisant, le sécurisant jeune homme a pris sa bouche avec douceur.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article