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MBGC Editions - Monique Bellini

Lévriers d'Espagne. Lévriers Martyrs

14 Mai 2014 , Rédigé par Monique Bellini Publié dans #bonus

Je n’avais pas une réelle passion pour cette race à grandes pattes, à long museau et à poils ras, pourtant, un soir d’hiver, je fus contrainte de recueillir l’une de ces bestioles. Il tremblait très fort. Avait-il peur, avait-il froid ? Je l’ai pris dans mes bras. Il me fallut seulement quelques heures pour me rendre compte que mon petit compagnon sortait vraiment de l’ordinaire.

Il était sage et délicat, amusant à souhait, il était triste lorsque je souffrais et mettait malicieusement ses pattes sur ses yeux, lorsque je lui faisais des chatouilles. Très vite, la compagnie de mon animal me fit oublier moult de mes relations. Lorsqu’il m’arrivait de sortir, je ne parlais que de mon lévrier, je ne m’attardais pas, parce que je savais qu’il m’attendait et était tourmenté par mon absence.

Peu de temps après la venue de… comment vais-je l’appeler lui qui possédait tant de prénoms ? Il fut Nawell, Nilton, Doucet, joli Bambin, puis Bambi, ce qui lui allait à ravir et qui devait enfin lui être attribué… Après la venue de Bambi, je devais récupérer sa petite sœur qui était belle et qui ressemblait à une fine gazelle. Au début, son caractère ne fut pas commode, la petite gazelle avait beaucoup souffert, puis elle finit par devenir la plus adorable des compagnes et avec son frère, elle devait démarrer de longues années de bonheur.

Dans le livre singulièrement atroce, que je suis en train de bûcher, il est dit qu’il y a seulement un siècle que le lévrier est confondu abusivement à l’espèce canine. Cette dernière « Œuvre de l’homme, » peut être située à quelques siècles près ; l’origine du lévrier, tout comme le chacal et le loup, est lointaine et très approximative.

On retrouve sa trace en plein cœur du Sahara.

Sur la roche d’un canyon, des Méharistes découvrent en 1930, le dessin d’un lévrier suivant son maître, un chasseur masqué, cette scène se situe au VIe ou VIIe millénaire avant J.C, à l’époque où le désert est recouvert d’une luxuriante végétation. Le plus ancien témoignage du lévrier d’Asie, IVe millénaire avant J.C, est mis à jour dans le cadre d’une civilisation urbaine. Ce lévrier porte un collier, preuve de sa domestication, pour autant que ce terme convienne quand il s’agit de cet animal. Ami de l’homme, du chasseur le plus humble au seigneur le plus puissant, le lévrier est un animal vénéré. On le retrouve sur des poteries, sur un disque aux incrustations d’albâtre…

Les belles Égyptiennes qui avaient tant de plaisir à se maquiller possédaient des palettes à fard de pierres sculptées. Les palettes se transformèrent au fil du temps, elles triplèrent, quadruplèrent de volume pour devenir des objets de culte destinés à farder les dieux. Ces palettes sont alors décorées, déposées dans des temples et sur plusieurs d’entre elles, le lévrier apparaît dans des scènes de chasse. Il s’agit de sloughis et de salukis. Le lévrier a son effigie sur les bagues grecques, sur les sceaux mésopotamiens, des monnaies siciliennes. Dans tous les peuples, le lévrier est un animal respecté. On le couche auprès des pharaons, on le retrouve sur la monture du cavalier chinois.

Issue d’une grande famille mérovingienne, Sainte Salaberge fonde, vers 650, un monastère à Laon. Ce lieu se spécialise dans la copie des manuscrits, lesquels sont souvent agrémentés de quelques allégories, toujours décorées de fleurs, de feuillages, d’oiseaux, poissons. Cependant, parmi les dessins, s’ajoute un motif qui a son importance : des lévriers à oreilles dressées et à queue si longue qu’elle se termine en panache.

L’Irlande est une terre assez bien protégée de l’Empire et des invasions barbares, c’est le véritable conservatoire de la civilisation celtique. Des communautés monastiques se développent dans l’austérité et la solitude des îles désertes. Renommés pour leur érudition, les moines créent un art chrétien typiquement celte, qu’ils expriment dans les objets du culte et manuscrits, nous révélant de nouveau l’image du lévrier.

Compagnon des princes et des chasseurs, le lévrier a également sa place dans les monastères.

Si le domaine juridique de l’époque est complexe, il dispose toutefois de lois concernant ce bel animal. Il est dit : « Celui qui a tué un de ces veltres qui ne suit pas la piste du lièvre, mais qui le prend par la rapidité de sa course, compose un semble de trois sous d’or ». Il est bon de souligner que trois sous d’or correspondait à l’époque au prix d’une jument.

En cas de vol, l’amende n’est pas prévue, mais la peine est infamante. Dans la loi Burgonde, il est dit que le coupable doit être conduit en place publique pour déposer un baiser sur l’anus du lévrier !

Hôte privilégier de la plupart des cours d’Europe, le lévrier qui bénéficie d’un traitement de faveur, se trouve massacré au pays des Hidalgos.

Actuellement, la production du lévrier de course est une véritable industrie sur le sol irlandais. 25000 bêtes naissent chaque année, et cela n’est pas bien difficile, étant donné qu’une femelle peut produire jusqu’à quinze levrons par portée. Vendus ensuite aux enchères, les meilleurs produits seront récupérés par les soixante-dix cynodromes britanniques, quant aux autres, ils prendront la direction de l’Espagne, dans des conditions parfaitement odieuses. Entassés dans des cages, sans eau ni nourriture, beaucoup de lévriers mourront dans le transport, les autres seront utilisés pour la chasse et la course et pour ces malheureuses victimes commencera un véritable enfer.

Lévrier qui court bien, meurt pendu. Ainsi, il a une mort rapide en remerciement de ses services !

Lévrier qui ne vaut rien est attaché à un arbre pour qu’il meure de faim et de soif !

Ce dicton bien connu des éleveurs de lévriers, décrit parfaitement ce qu’est en Espagne l’existence de cet innocent martyre. Les lévriers qui courent subissent des violences, ils sont à peine nourris et le plus souvent victimes de dopage. Enfermés dans des cages, ils sont surexploités jusqu’au moment où ils deviennent inutiles. Dans le meilleur des cas, le lévrier est abandonné, sinon…

Le chasseur en Espagne ne s’encombre pas du lévrier lorsque la saison se termine, dans les pinèdes autour de Mélina del Campo, et certes, d’en d’autres lieux, des centaines de bêtes sont lâchement pendues.

Suspendu à un arbre avec les pattes arrière touchant le sol, l’animal met plus d’une semaine à mourir. Souvent, ils poussent le sadisme jusqu’à pendre deux ou plusieurs lévriers à la même corde. Les animaux finissent par s’entretuer à coup de dents, parfois, ils sont brûlés, parfois décapités…

C’est une honte ! C’est une horreur !

Émue de tant de misère, une pianiste espagnole, Cristine Garcia s’est penchée sur le sort des lévriers et a pris la décision voilà quelques années de se battre pour eux et les récupérer chaque fois qu’elle pouvait le faire et a créé sa propre association : Galgos sin Fronteras.

Après de longs mois passés dans le refuge de Proa près de Madrid, les animaux sont accueillis dans des pensions ou « résidences ». Là, on panse leurs blessures, souvent bien profondes, on les entoure d’amour, et ils attendent la venue du maître qui les adoptera et leur donnera le bonheur qu’ils méritent.

En France, Conscience animale, Ligue française contre la Vivisection, ainsi que de nombreuses associations se sont étroitement impliquées dans le sauvetage des lévriers espagnols, ils se dépensent sans compter et beaucoup de ces malheureuses bêtes ont trouvé une famille en France, en Suisse, en Allemagne.

« Blanquito a un an, lorsqu’il est découvert par Cristina, pendu par les pattes dans une forêt. Il est certes d’une maigreur squelettique, son pelage blanc est marqué de brûlures de cigarettes. À cause de sa robe immaculée, la pianiste lui donnera le nom de Blanquito…

Une chaine de solidarité a participé au sauvetage du jeune animal, le message passé sur Internet est consulté par un couple vivant en Corse, près de Bastia. Blanquito quittera pour toujours le sol espagnol. Après un bref séjour à Marseille chez une déléguée de l’association, il partira vers l’île de Beauté. Pendant longtemps, les nouvelles de Blanquito ont été excellentes, il se promenait dans le village, jouait avec les chiens et se baignait dans la grande bleue. »

Les images de ces atrocités ont été diffusées dans toute l’Europe. À Rome et à Paris, face aux Ambassades d’Espagne, les manifestants ont clamé leur contestation, par milliers, des lettres de protestation sont adressées aux autorités espagnoles, malgré tout, le carnage continue… Les lévriers sont toujours exterminés de la manière la plus perverse, la plus cruelle, la plus monstrueuse.

Le chasseur espagnol considère qu’une balle dans la tête de leur lévrier serait une balle perdue. L’être humain est répugnant et abject. Comme beaucoup d’autres, je suis révoltée ! Pauvres petites bêtes.

À Tolède, un charnier de lévrier avait été découvert, les animaux avaient été empalés et brûlés, cette abominable technique parait très ancienne, le charnier particulièrement important.

Pendant que j’écrivais ces lignes, ma petite levrette, loin de la méchanceté des hommes était allongée sur le canapé et dormait en souriant.

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Ana 12/02/2016 15:02

Merci de m'avoir contacté. jJai lu votre article avec énormément d'intérêt, il reflète malheureusement cette atroce vérité. Les deux points noirs de l'Espagne : les lévriers et les taureaux.
Je citerai votre article sur mon blog sos-animaux-en-detresse
Avec toute ma sympathie.

Luce Joly 05/06/2014 06:31

C 'est atroce de faire du mal a nos amis a 4 pattes moi je ne le comprend pas ! si je pouvais faire ma loie je ferai la même chose sur les humains pour leur faire comprendre se que cela fait !

Cathy 04/06/2014 10:34

Bonjour Monique
Merci pour le lien, je le mettrai sur mon blog avec la photo d'un lévrier d'espagne
Je connais effectivement cette race

Le martyr des animaux quels qu'ils soient ne devrait pas exister, tout comme la maltraitance des femmes et des enfants

Virginie - Galgos France 29/05/2014 11:10

Bonjour,
Merci à vous pour l'écriture de ce livre consacré à nos chers galgos, nous l'attendrons avec impatience car "faire parler" de leur histoire et leur calvaire est essentiel dans la lutte contre ce qu'ils subissent.
Nous sommes aussi en Corse, tout comme Blanquito, Tirso nous a rejoint il y a deux ans et j'espère qu'un jour ils soient plus nombreux.

Virginie - Association Galgos France 29/05/2014 11:01

Bonjour,
Merci à vous d'aborder le calvaire de nos chers galgos, ils en ont bien besoin. Nous vivons aussi en Corse, Tirso nous a rejoint il y deux ans, j'espère qu'un jour il pourra rencontrer d'autres galgos comme lui et Blanquito.